27 janvier 2009
Luis Marcel - 3 avril 2004
Qu'est-ce qui pousse l'homme à vouloir tout étiqueter, cataloguer, à enfermer toute création dans une définition, un style, une expression artistique ?
L'exemple le plus frappant est celui de l'Art Brut. Dans les années 1900, les psychiatres européens commencent à s'intéresser aux expressions créatrices des malades mentaux.
En 1907, le Docteur Meunier, en France, publie "l'Art chez les fous", Morgen Thaler, en Suisse, passionné par la personnalité et la création étrange de Wolfi (le poète Rilke et des artistes allemands comme Paul Klee, en 1912, déclarent que l'Art des fous est à prendre profondément au sérieux.), Hanz Prinzhorn, à Heidelberg, collectionne les œuvres des malades dont il a la charge et publie, en 1922, "Expression de la folie".
Max Ersnt, qui a suivi des cours de psychologie, fait découvrir aux surréalistes la collection et l'ouvrage de Prinzhorn ; les surréalistes crient "ô génie", passionnés qu'ils sont par toutes les formes d'art libre ; ils sont séduits par l'imagination féconde des malades. A la même époque, Kandinski dénonce l'art académique et affirme ne pas s'intéresser à l'art des fous mais à "l'art spontané de personnes internées". Dans leur recherche, les surréalistes utiliseront hypnose, drogue, rêve, tous les moyens de lever la censure inconsciente provoquée par la culture occidentale. André Breton, ancien externe en psychologie, écrit : "Si les profondeurs de notre esprit recèlent d'étranges forces capables d'augmenter celles de la surface, ou de lutter victorieusement contre elles, il y a tout intérêt à les capter."
La fascination exercée par cette forme d'art libre sur les artistes, historiens, médecins, intellectuels, ... est telle qu'elle inquiète certains partis politiques. En 1937, les nazis organiseront l'exposition de "l'art dégénéré" : les dessins de fous de Prinzhorn côtoient les peintures modernes de Nolde, Chagall, Beckmann, Klee, ... et "il est évident que, pour les artistes représentés, l'ensemble de la réalité n'est qu'un vaste bordel." affirme le catalogue.
En 1945, Breton et Dubuffet créent la Compagnie de l'Art Brut et déposent le terme "Art Brut" comme on déposerait un brevet. A partir de ce moment-là, tous les organisateurs d'expositions vont commencer à chercher des étiquettes pour remplacer le terme appartenant au plus grand marchand de vin de l'Art Moderne, Jean Dubuffet. Il collectionnera lui aussi les œuvres de malades mentaux, les œuvres de bergers qui ne faisaient certainement pas de l'Art Brut mais de l'Art Populaire depuis la nuit des temps, et les œuvres de créateurs autodidactes - le plus célèbre étant Gaston Chaissac (en 1945, Chaissac s'insurge et dit : "Je fais de l'Art Moderne rustique !". En 1949, il dit : "Je passe pour faire de l'Art Brut mais je ne pense pas en faire !")
En fait, Jean Dubuffet, en créant le terme "art brut", crée un ghetto où il mélange art asilaire, art populaire, art naïf, "l'art de ceux qui osent" - les autodidactes, ...
Il faut que vous sachiez que l'oeuvre de Dubuffet - peintre -est empreinte de Dubuffet collectionneur.
Pour sortir de cet enfermement, j'ai dénombré plus de cent trente termes génériques, cent trente tiroirs pour classer l'inclassable ...
quand un seul mot suffisait : "LIBRE".
Luis Marcel
NEUVE INVENTION
"La notion d'art brut doit être regardée seulement comme un pôle. Il s'y agit de formes d'art moins tributaires que d'autres des conditionnements culturels ...", ainsi fut établi par Jean DUBUFFET le Catalogue de la Collection de l'art brut et qui ne retenait que les travaux vraiment significatifs, "en excluant un grand nombre d'oeuvres moins nettement caractérisées, ... dues à une centaine d'auteurs différents."
Le parti était pris de verser ces dernières oeuvres, plus éloignées du pôle de l'art brut, dans un fond distinct, provisoirement intitulé Collection annexe, avec le projet d'en établir un catalogue séparé, afin de prévenir toute confusion. Jean DUBUFFET s'est vivement intéressé à cette production inassimilable par le système, et il s'est mis à acquérir des travaux destinés cette fois délibérément à la Collection annexe - collection qui, dès lors, cessait de servir simplement à la relégation des cas inclassables et qui allait prendre une signification positive. Aussi bien, pour marquer cette valorisation, DUBUFFET a-t-il résolu, en 1982, de donner à cette collection le nom de Neuve Invention, désignant ainsi des oeuvres qui, sans procéder de la rupture mentale radicale des auteurs d'art brut proprement dits, étaient assez indépendantes du système des beaux-arts pour créer une sorte de porte-à-faux ou de contestation culturelle et institutionnelle.
La collection Neuve Invention a mis en évidence un malaise généralisé et a ouvert une brèche, si ténue soit-elle, dans le barrage institutionnel.
D'après le livre de Michel THEVOZ "Neuve Invention" - Collection de l'art brut
18 juillet 2008
L'Art Brut
Qu'est-ce que l'Art Brut ?
A l'origine l'Art Brut ne semblait être qu'une étiquette appliquée aux travaux des marginaux et des fous, des isolés, de ceux qui ont un réel besoin de s'exprimer. L'Art Brut est surtout un panorama de cet art hors des normes. En constituant à partir de 1945 une collection de plusieurs milliers d'œuvres de pensionnaires d'asiles et de prison, Jean Dubuffet crée et dépose la notion d'Art Brut.
Petit à petit, les œuvres de ces illuminés de ces "marginaux", de ces singuliers de l'Art doués d'une vraie soif de créer, et indemnes de culture artistique ont infiltré le monde de l'art.
Art Brut = Art hors les normes = autre art = outsider art = neuve invention = les étonnants = les insensés de l'art = art canaille = Primitif moderne = nouvelle figuration = art contemporain = art ludique = art insolite = primitivisme = art naïf = chamanisme = art primitif = art total = art d'aujourd'hui = art spontané = art des anges = grass roots art = art dérisoire = art spirite = baz'art = l'art en marche = arbrutologie = art récup = art obscur = art populaire = art schizophrène = art singulier = singulier de l'art = art libre = indomptés de l'art = art en marge = création franche = margin art.
« Oeuvres ayant pour auteurs des personnes étrangères aux milieux intellectuels, le plus souvent indemnes de toute éducation artistique et chez qui l’invention s’exerce, de ce fait, sans qu’aucune incidence en vienne altérer la spontanéité. »
Jean Dubuffet
D’après le livre de Françoise MONNIN – « L’Art Brut » - Editions Scala/1997
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